Un modèle d’appraisal esthétique

30 janvier 2009 at 11:14 (Esthétique cognitive, Thèse - Le visible et L'expression) (, , , , , , )

À partir de la conception d’appraisal incarnée et du modèle de double objet Intentionnel, nous proposons un modèle de traitement de l’information esthétique dont la version anglaise se trouve ici.

Permalien Laisser un commentaire

Résumé de thèse

20 octobre 2008 at 09:52 (Esthétique cognitive, Thèse - Le visible et L'expression) (, , , , , )

Pour citer cet ouvrage :

Lihsiang Hsu (2009). Le Visible et l’expression: étude sur la relation intersubjective entre perception visuelle, sentiment esthétique et forme picturale. Manuscrit de thèse doctorat. CRAL, EHESS, Paris.

La problématique de ce travail est liée à celle des théories de l’expression en art. Nous voulons savoir comment est possible la communication intersubjective à partir d’une expression originaire, primaire, reposant essentiellement sur les éléments formels, visuels et plastiques, sans l’intermédiaire de concepts, ni celui des éléments sémantiques, propositionnels. Nous voulons savoir quel rôle joue l’œuvre d’art dans la communication non verbale entre l’artiste-créateur et le spectateur-récepteur. Nous traitons cette problématique à partir de la relation triangulaire entre l’expression artistique, la forme signifiante et le sentiment esthétique. Nous essayons de résoudre le problème de l’expression originaire en art visuel en le déplaçant dans le contexte du jugement esthétique. La tâche essentielle pour nous est alors de traduire cette relation triangulaire en termes de formation du jugement de goût, d’expression du sentiment esthétique et de perception de la propriété esthétique que nous situions dans un contexte de l’interaction affect-cognition. Nous défendons alors une forme de réalisme esthétique appuyé sur le réalisme scientifique de l’affectivité, en particulier, la théorie James-Lange et les théories d’appraisal, à partir duquel nous déclarons que les propriétés affectives sont les propriétés qui ont affaire avec l’état du sujet percevant. Au sens fort du terme, elle sont réelles parce que leurs conditions de vérité sont les états neurophysiologiques du corps, observables et vérifiables par des moyens empiriques ; ou du moins, au sens faible, elles sont considérées comme les propriétés susceptibles de faire l’objet d’une programmation fonctionnelle, de la modélisation de l’esprit plus précisément, telle que suggèrent les théories d’appraisal de l’émotion. La version forte du réalisme de l’affectivité implique que, au lieu de nous donner une image fidèle du monde physique, l’émotion est la perception de l’état du corps dont la réalité n’est guère moins évidente que le monde perçu. La version faible de celui-ci implique que l’affectivité constitue du moins une modalité fonctionnelle de l’esprit. À partir de cette dernière, notamment à partir des théories d’appraisal de l’émotion, nous développons un modèle d’appraisal esthétique afin d’expliquer le traitement esthétique (à la fois perceptif et évaluatif) d’une œuvre d’art et les processus de « fabrique » de jugement esthétique dans notre esprit. Nous voulons montrer que, ensemble, le stimulus affectif/esthétique (l’œuvre d’art) et le sujet percevant (l’artiste et le spectateur) constituent les systèmes interactifs ultra complexes et qu’il existe certainement une corrélation relativement stable entre les propriétés physiques du stimulus et les réactions physiologiques et émotionnelles du sujet percevant. Nous cherchons les variables perceptives déterminant la réaction affective de l’individu à l’œuvre d’art. Ce sont avant tout les caractéristiques visuellement saillantes et esthétiquement pertinentes du stimulus, telles que la luminosité, le degré du contraste (lumineux ou chromatique), la séparation figure-fond, l’orientation de la composition picturale, que ce soit verticale, horizontale ou diagonale, l’organisation du centre et du pourtour du champ pictural, et ainsi de suite. Ce modèle a pour but d’illustrer le rapport des propriétés physiques (perceptives) de l’œuvre d’art et des propriétés affectives/esthétiques/évaluatives de celle-ci. De même que les scientifiques de l’émotion s’appliquent à développer des modèles théoriques pour expliquer comment une variété de contenus émotionnels se produit, comment les expériences émotionnelles se différencient selon les modèles distincts du traitement évaluatif, et comment elles sont déterminées en fonction de la façon dont les composantes cognitives, évaluatives et motivationnelles sont combinées, l’objectif de notre approche est de proposer les variables du jugement esthétique, ainsi que d’expliquer pourquoi dans telle ou telle condition l’objet esthétique est jugé beau ou sublime, gracieux ou élégant, et pourquoi dans telle ou telle condition il ne l’est pas.

Mots clés : Expression ; jugement esthétique ; propriété esthétique ; beau ; sublime ; théorie d’appraisal (théorie de l’évaluation cognitive) ; émotion ; cognition ; perception ; forme ; image.

© Lihsiang Hsu 2009

Permalien Un commentaire

Michel Henry – L’auto-donation de la conscience

15 septembre 2008 at 14:44 (Conscience) (, )

Michel Henry est un des philosophes français qui prennent conscience de l’ampleur de la problématique de soi et de l’aspect radicalement immanent du sujet pensant. Si la tâche de la réduction phénoménologie depuis Husserl est de fonder l’essence de la phénoménalité, celle de l’Intentionnalité, autrement dit, l’aspect transcendantal de la conscience, le « Comment de la donation des objets », celle de Michel Henry est une radicalisation de cette tâche : celle du « Comment de l’auto-donation de l’Intentionnalité ». Il s’agit de savoir comment la conscience se donne à elle-même et ultimement, comment la Vie, le fondement de l’Intentionnalité, se révèle à elle-même. Au moment de l’opération de l’Intentionnalité, deux objets de nature tout à fait différente sont créés : le première est l’objet noématique, c’est l’objet que l’Intentionnalité produit dans son opération ; le deuxième est l’apparition de l’Intentionnalité à elle-même, son auto-apparaître, qui révèle l’Intentionnalité en tant qu’Intentionnalité opérante. Michel Henry donne un nom à l’Intentionnalité : l’apparaître, c’est-à-dire, celui qui fait apparaître l’objet. Signalons qu’au-delà de la donation des objets, dans la phénoménologie de Michel Henry, c’est la donation de l’apparaître à soi-même qui est en question. L’entreprise de cette phénoménologie est dite une radicalisation, dans la mesure où elle poursuit l’interrogation sur la nature de la manifestation de la Vie, de l’auto-donation de la conscience, c’est-à-dire, l’auto-apparaître de l’Intentionnalité à elle-même.

La manifestation de la Vie n’est pas de même ordre que celle du monde physique, elle est une autorévélation[1] sous forme de l’affectivité. Michel Henry distingue deux forme de manifestations : celle de la Vie et celle du monde. La manifestation de la Vie est invisible, celle du monde, visible. La conscience Intentionnelle est une opération de faire-voir, celle de rendre visible le monde. L’objet Intentionnel est visible, la représentation de l’extériorité. Ce qui est visible est « posé devant », devant notre regard, comme le film projeté dans l’écran du cerveau[2]. Ce « posé devant » constitue ici la condition de la « visibilité ». Il est une « mise à distance », un « jeté dehors » par l’opération de l’intentionnalité. Comme l’a dit Michel Henry :

Comprise comme intentionnelle, la conscience n’est rien d’autre que le mouvement par lequel elle se jette au-dehors, sa « substance » s’épuise dans cette venue au-dehors qui produit la phénoménalité. Révéler dans une telle venue au-dehors, dans une mise à distance, c’est faire-voir. La possibilité de la vision réside dans cette mise à distance de ce qui est posé devant le voir et ainsi vu par lui. Telle est la définition phénoménologique de l’objet: ce qui est posé devant est rendu visible de cette façon. L’apparaître est ici l’apparaître de l’objet en un double sens : en ce sens que ce qui apparaît c’est l’objet, en ce sens aussi que ce qui apparaît étant l’objet, le mode d’apparaître ici en question est le mode d’apparaître propre à l’objet et le rendant visible: cette mise à distance en laquelle surgit la visibilité de tout ce qui est susceptible de devenir visible pour nous[3].

L’extérieur/intérieur ne désigne pas pour Michel Henry quelque chose qui est extérieur du corps, mais la façon dont l’objet se manifeste à nous. Tout ce qui est extérieur subit l’opération de l’Intentionnalité. Tout ce qui est extérieur (posé devant) est visible[4]. Etrangère au monde, acosmique, invisible, la relation de la Vie au sujet est alors une relation immanence absolue. L’immanence absolue est l’intériorité prise dans un sens radical. La manifestation de la Vie, c’est-à-dire, l’affectivité, renonce toute forme de mise à distance ; elle récuse d’être posé devant comme un film projeté dans l’écran ; elle est invisible ; elle est intériorité radicale, l’immanence absolue.

Michel Henry envisage la réduction phénoménologique qui conduira à la phénoménologie non Intentionnelle, à la phénoménologie de la Vie dans laquelle le sujet se saisit sans passer par un processus de se jeter dehors (qui est l’opération essentielle de l’Intentionnalité) et dans laquelle le sujet se trouve dans son immanence absolue. C’est une réduction phénoménologique radicale en ce sens qu’elle ne concerne aucun étant ou objet réel mais uniquement la phénoménalité propre. Selon Michel Henry, tout acte de l’Intentionnalité est un acte de mise à distance entre le sujet et l’objet dit Intentionnel. Penser le sujet à partir de l’Intentionnalité, c’est commettre une erreur qui destine, à tort, à placer le sujet dans une extériorité désespérée. Car le processus de l’Intentionnalité est un processus de « jeter dehors » ou tout simplement un processus d’extérioriser quelque chose. L’Intentionnalité qui fait voir toute chose en la posant devant et en la projetant hors de soi est finalement incapable d’apporter le sujet lui-même dans sa propre et seule essence – la phénoménalité pure. Pour comprendre vraiment ce que c’est un sujet, il n’est pas question de mettre le sujet à l’autre bout de l’Intentionnalité, à savoir, le bout où se situe habituellement l’objet Intentionnel. Il ne faut pas considérer le sujet comme une simple représentation de soi, comme un soi-objet, un soi qui se distancie à l’égard du sujet au bout de son acte de connaître, de l’acte de l’Intentionnalité. Pour supprimer cette distance à soi, il faudra retourner vers nos impressions originaires qui constituent la hylé et ce qui est non-Intentionnel, là où le sujet est encore dans son originaire non distanciation vis-à-vis de soi-même, là où il est encore dans son intériorité absolue.


[1] Il disait : « La vie se révèle. La vie est une autorévélation. Autorévélation, quand il s’agit de la vie, veut donc dire deux choses : d’une part, c’est la vie qui accomplit l’oeuvre de la révélation, elle est tout sauf une chose. D’autre part, ce qu’elle révèle, c’est elle-même…La révélation de la vie et ce qui se révèle en elle ne font qu’un. » Cf. Michel Henry (2000). Phénoménologie de la vie. Conférence prononcée à l’académie des beaux-arts de Munich, le 14 novembre 2000, et publiée dans Prétentaine (« le vivant »), n° 14-15, décembre 2001, p. 11-25.

[2] Cf. Antonio R. Damasio (1999). The feeling of what happens : Body, emotion, and consciousness. Heinemann: London. Trad. français, C. Larsonneur et C. Tiercelin, Le sentiment même de soi : corps, émotions, conscience, Paris : O. Jacob.

[3] Cf. Michel Henry (2000). Phénoménologie de la vie. Conférence prononcée à l’académie des beaux-arts de Munich, le 14 novembre 2000, et publiée dans Prétentaine (« le vivant »), n° 14-15, décembre 2001, p. 11-25.

[4] Cf. Michel Henry (1988). Voir l’invisible. Sur Kandinsky. Paris : PUF.

Permalien Laisser un commentaire

Page précédente