La câlinerie du tout petit – Kindchenschema

Originairement observé et suggéré par le biologiste autrichien Konrad Lorenz, le Kindchenschema, ou le schéma de nourrisson, une configuration physique prototypique perçue par les adultes comme mignonne ou câline, désigne une série de caractéristiques physiques infantiles, telles que la grosseur de tête, le front haut légèrement en saillie, des grands yeux, les joues poupines bien rondes, petit nez et petit bouche, les extrémités du corps courtes et dodues. Lorenz a remarqué que les êtres humains avaient tendance de prêter attention et réagir favorablement aux enfants sans défense, et cela est probablement dû à l’effet du schéma de nourrisson.
L’effet d’une certaine morphologie de nourrisson sur les adultes, les femmes en particulier, a été ensuite confirmé par les études scientifiques sur le comportement des êtres humains. Les études montrent que le schéma de nourrisson est d’abord en corrélation positive au degré de l’attention visuelle. Elles montrent que la vue d’un nourrisson active les régions cérébrales (telles que precuneus et sulcus intrapariétal, Leibenluft et al. 2004), impliquées dans les processus de l’attention. Sur le plan affectif, le schéma de nourrisson est perçu comme stimulus positif, en liaison intime avec les jugements de valeur tels qu’être « mignons », « doux », « honnête », et avec les états émotionnels comme « tendresse », « chaleur », etc. (Berry & McArthur, 1985). Sur le plan comportemental, les études montrent que le schéma de nourrisson est corrélatif à la motivation protectrice, nourricière, et au comportement d’apporter des soins (caretaking behavior) de la part des adultes. Une étude récente montre que plus la morphologie d’un enfant correspond au schéma de nourrisson, plus l’enfant a la capacité d’attirer l’attention des adultes, éveiller la motivation altruiste et leur évoquer la disposition affective d’en prendre soin (Glocker et al., 2009a), peu importe s’il existe réellement le lien de sang entre l’enfant et l’adulte. Cette tendance à prêter attention et à apporter des soins au tout petit est plus forte chez les femmes que chez les hommes (Glocker et al., 2009a).
Les mécanismes neurobiologiques sous-tendant la perception du schéma de nourrisson sont également identifiés récemment par l’équipe de recherche dirigée par Melanie Glocker et Norbert Sachser (Glocker et al., 2009b). Ils montrent que, chez les adultes, la vue d’un nourrisson active le centre de récompense dans le cerveau, plus précisément, le noyau accumbens. Cette région est depuis longtemps identifiée comme le centre du plaisir dans notre cerveau, impliqué dans la sensation de bien-être et dans le sentiment de bonheur. Il est également connu pour son rôle de médiateur dans les comportements à la recherche de la récompense.
Le résultat de ces recherches dévoile le secret de notre comportement de prévenance vis-à-vis des enfants enraciné dans l’implantation du cerveau. Du point de vu évolutionniste, le nourrisson représente un stimulus biologiquement pertinent pour les membres de l’espèce en termes du succès de reproduction et de la survie de l’espèce. Il est donc d’une grande importance pour les parents à prêter attention au nourrisson et y apporter des soins nécessaires. Le fait que le cerveau humain, notamment celui des femmes, réagit en priorité et en favoris à l’image de bébé rejoint les observations des scientifiques de l’émotion selon lesquelles il existe un lien direct biologiquement fondé entre les caractéristiques physiques du stimulus visuel et les états émotionnels. Effectivement, du point de vue de l’évolution du cerveau et du comportement humain, il est d’une grande importance à prêter attention aux stimuli de haute pertinence biologique et adopter une stratégie comportementale appropriée au bien-être et à la survie de l’espèce. Il s’agit de comprendre comment le cerveau est programmé de manière à traiter certains types de stimulus en priorité en les associant à certains types de comportement.
Références:
Berry, D. S., & McArthur, L. (1985). Some components and consequences of a babyface. Journal of Personality and Social Psychology, 48, 312–323.
Brosch, T., Sander D., & Scherer, K. R. (2007). That baby caught my eye… attention capture by infant faces. Emotion. 7 (3), 685-9.
Glocker, M. L., et al. (2009a). Baby Schema in Infant Faces Induces Cuteness Perception and Motivation for Caretaking in Adults. Ethology. 115 (3), 257-263.
Glocker, M. L., et al. (2009b). Baby schema modulates the brain reward system in nulliparous women. Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America. 106 (22), 9115-9.
Leibenluft, E., Gobbini, M. I., Harrison, T., & Haxby, J. V. (2004). Mothers’ neural activation in response to pictures of their children and other children. Biological Psychiatry, 56, 225–232.